Jo Cameron, la femme qui ne connait pas la douleur, l'anxiété ou la dépression

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Jo Cameron, la femme qui ne connait pas la douleur, l'anxiété ou la dépression

Mensajepor Rivalpo » Vie Ago 23, 2019 12:16 pm

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Jo Cameron possède un niveau très élevé d' Anandamide, un endocannabinoïde similaire au THC.

Nul doute que cette paisible Écossaise, retraitée de l’enseignement, n’a jamais imaginé un instant que tous les projecteurs des médias se braqueraient un jour sur elle, et qu’elle pourrait entrer dans l’histoire de l’humanité.

C’est pourtant ce qui est en train de se produire depuis que des médecins britanniques ont découvert la particularité extraordinaire de Jo Cameron. Elle bénéficie d’une mutation génétique qui l’empêche de ressentir toute douleur physique ou psychologique. Elle ne perçoit rien quand elle se brûle ou qu’elle se blesse, rien quand elle subit une opération chirurgicale ; elle est toujours joyeuse, ne ressentant aucun des maux existentiels dont peuvent souffrir ses congénères : pas d’anxiété, pas de peur, pas de dépression.

Les médecins n’en sont pas revenus. Leur patiente, cette joyeuse septuagénaire écossaise vient de subir une opération chirurgicale de la main et elle ne ressent aucune douleur. Logiquement elle devrait souffrir le martyr. On lui a pratiqué une trapézectomie consistant à lui enlever un petit os du poignet, puis les chirurgiens ont procédé à une reconstitution ligamentaire et réaligné muscles et tendons. Du lourd. Or, sur une échelle de douleur de 0 à 10, elle déclare au chirurgien éberlué se situer à 0.

Zero douleur

Ce n’est pas une nouveauté pour Jo Cameron : quand elle se brûle, c’est l’odeur de chair grillée qui l’alerte. Elle a subi, il y a quelques années, une opération importante de la hanche ; les médecins lui ont prescrit des antalgiques et de la morphine. Ils étaient parfaitement inutiles car elle n’avait pas mal. Elle a raconté aux journalistes qui se pressent autour d’elles depuis que son cas est connu, que ses accouchements ont toujours été indolores, qu’elle a eu maints accidents, bobos, coupures, blessures mais qu’elle ne s’en aperçoit pas. D’autant qu’elle présente la caractéristique de guérir et de cicatriser à toute vitesse.

Une camionnette a un jour barré la route de sa voiture, elle s’est retrouvée renversée dans un fossé avec de multiples contusions. La première chose qu’elle fit en s’extrayant, en sang, de son véhicule c’est de se précipiter pour réconforter le chauffeur de la camionnette, terrorisé d’avoir causé l’accident. Une vraie héroïne à la Marvel.

Plus encore, Jo Cameron n’est jamais anxieuse, angoissée, un peu déprimée comme nous le sommes tous un jour ou l’autre. Elle ne connait pas les maux existentiels touchant des centaines de millions d’humains à travers le monde, qui tentent de s’en guérir à coup d’opioïdes et de molécules chimiques. Notre écossaise miracle na jamais pris d’antalgique ni d’antidépresseur car elle n’en a tout simplement pas besoin. Elle se dit très heureuse et se montre d’un optimisme inébranlable.

Des médecins lui ont fait subir des tests. Son score est de 0 sur 21 sur l’échelle du trouble anxieux généralisé (GAD-7) et quand on recherche des signes de dépression, elle se positionne à 0 sur l’échelle dite du Patient Health Questionnaire-9 (PHQ-9) qui comporte 29 niveaux. Jo Cameron est non seulement paisible et sereine, elle ne connaît pas la peur. Elle déclare ne jamais céder à la panique, même dans des situations dangereuses ou effrayantes.

la recherche du gène perdu


Autant de faits qui ont mis la puce à l’oreille de ses médecins. Ils décidèrent de lui faire une série d’analyses pour comprendre ce qui se passait dans son code génétique. Ce sont les spécialistes en génétique de la douleur à l’Université d’Oxford et à l’University College de Londres qui se sont emparés de ce cas étrange. Ils ont publié ce 29 mars les résultats de leurs investigations dans un article dans le British Journal of Anaesthesia. (1)

Le cas de Jo Cameron s’explique par une mutation génétique de deux gènes : FAAH et FAAH-OUT. Une telle transformation génétique n’avait jamais été observée chez un être humain. Le premier gène FAAH agit sur des parties du système nerveux qui régissent la douleur et l’humeur. Ce gène appartient au système dit endocannabinoïde et produit des effets comparables aux dérivés du cannabis en abolissant la sensibilité douloureuse et en diminuant l’anxiété.

Quel est le mécanisme biochimique qui explique cette absence de douleur? les neurones et d’autres cellules nerveuses du cerveau présentent sur leur surface, des récepteurs. Parmi ceux-ci, on trouve l’anandamide (2), un lipide qui joue un rôle crucial dans la perception de la douleur. Ce lipide a pour rôle de réduire la douleur et de procurer un état de félicité quasi extatique.

Le problème, c’est que le gène FAAH produit une enzyme qui dégrade l’anandamide ; c’est la raison pour laquelle nous avons mal. Or chez Jo Cameron, les médecins ont découvert de grandes quantités d’anandamide dans son sang. Ce qui veut dire que ce lipide, chez elle, n’est pas dégradé. Le sang de notre écossaise contient, plus que chez quiconque, les molécules de la félicité.

Pour quelle raison Jo Cameron bénéficie-t-elle de cette spécificité ? Les généticiens ont découvert que son gène FAAH n’était pas comme le nôtre. Il avait muté et perdu une seule lettre de son code génétique – les scientifiques parlent de microdélétion. Une toute petite différence qui a une énorme conséquence : elle désactive partiellement le gène en question.

Ce n’est pas tout, car les généticiens penchés sur le cas de Jo, ont découvert que cette microdélétion atteignait un deuxième gène. Un gène caché, un pseudogène (3) , qui est en quelque sorte la copie d’une ancienne version du gène FAAH. Quand a lieu une mutation génétique – et nous en avons tous subi, c’est le principe de l’évolution – le gène ancien, avant mutation, est conservé mais il est désactivé. Or les médecins ont constaté que ce pseudogène, appelé FAAH-OUT, était toujours actif mais qu’il lui manquait un bout d’ADN. Une autre microdélétion serait intervenue sur ce gène caché, le faisant muter.

Cette mutation le transforme en une sorte d’interrupteur du gène FAAH. Quand le commutateur est éteint, c’est ce qui se passe chez Jo Cameron, le gène FAAH se tait et laisse passer dans le sang l’anandamide, la fameuse molécule de la félicité. C’est ainsi que la septuagénaire ne ressent ni la douleur ni l’anxiété. Dans son sang coulent librement les molécules du bonheur car son code génétique contient le bouton de volume de la souffrance humaine.

Il est à peu près certain que l’on parviendra techniquement à modifier le gène dont bénéficie Jo Cameron. Pour le meilleur – la mise au point de traitements antidouleurs efficaces . Toutefois, plus fondamentalement, est-ce vraiment un bien de vouloir supprimer la douleur, la peur ou l’angoisse ?

Jo Cameron dit elle-même regretter ne jamais ressentir cette « montée d’adrénaline » dont elle a tant entendu parler. Elle confie que ne pas avoir de système interne d’alarme pour prévenir des fractures, le développement de son arthrose ou la moindre maladie, peut être une gêne voire un handicap.

La capacité de ressentir la douleur, bien qu'elle soit une partie désagréable de la vie, ne s’est pas installée, dans le fil de l’évolution, pour rien. C'est une façon pour notre corps de nous alerter quand quelque chose de mal lui arrive. Perdre complètement cette sensation protectrice peut sembler, à courte vue un progrès confortable, mais elle peut aussi être aussi terriblement dangereuse. En abrogeant la [/color]douleur, la peur ou l’anxiété, on aura sans doute perdu l’essentiel : la nature humaine.


PS: Ce texte est un extrait de l'article paru sur Up Magazine. Pour un motif de simplification de la news, j'ai omis quelques passages concernant le CRISPR pour me focaliser exclusivement sur le gène FAAH et son homologue le speudogène FAAH-OUT, responsables de la particularité de Jo Cameron. Vous pouvez lire l'intégralité de l'article ici


Pour en savoir plus:

(1) Microdeletion in a FAAH pseudogene identified in a patient with high anandamide concentrations and pain insensitivity

(2): un pseudogène correspond à un gène devenu inactif, généralement à la suite de mutations génétiques lui faisant perdre son aptitude à coder pour des protéines ou celle à être exprimé au sein d'une cellule.

(3): en simplifiant, l’anandamide (ou arachidonoylethanolamine) est la version humaine du THC. Cette molécule est un des deux principaux endocannabinoïdes produits par le corps humain, et qui interagissent avec le système endocannabinoïde. Ce neurotransmetteur est produit par le cerveau et se lie aux récepteurs cannabinoïdes CB1 et CB2. Sa structure est très proche de celle du THC.

L'explication scientique de la mutation dont bénéficie JO Cameron

L' essai thérapeutique sur l'inhibition du gène FAAH qui a fini tragiquement
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